Interview
jean-emmanuel-combe

Deeper : Bonjour Jean-Emmanuel, peux-tu te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

 

 Jean-Emmanuel Combe :Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle Jean-Emmanuel COMBE, et je suis connu dans le monde de l’hypnose pour avoir été l’un des premiers à pratiquer l’hypnose de rue en France, en 2008. Je suis également à l’origine de la communauté Street Hypnose, regroupant aujourd’hui quelques 5000 passionnés qui hypnotisent chaque semaine dans les rues, tout en respectant une charte de déontologie qui privilégie le respect et la bienveillance lors de chacune de nos sessions d’hypnose. J’ai écrit un livre pour apprendre l’hypnose qui s’appelle « la voix de l’inconscient » et qui permet à des néophytes de faire leurs premiers pas dans ce monde merveilleux de l’hypnose ludique.

J’ai officiellement commencé à pratiquer l’hypnose en 2008, suite à un problème de santé qui m’a donné beaucoup de temps libre et qui m’a permis d’élargir certains horizons. C’est Derren Brown qui a fait naître en moi la flamme de l’hypnose, et je le suis toujours avec bonheur, dans ses spectacles ou en vidéo.

Je pratique aujourd’hui également l’hypnose médicale, accompagné de médecins, directement en bloc opératoire ou dans le cadre de formations spécialisées que je donne dans certains DU (diplôme universitaire) Hypnose & Anesthésie. J’ai aussi été formé à l’hypnose thérapeutique, et j’exerce à Toulouse pendant mon temps libre, entre deux formations.

 


 Deeper : Tu es donc le créateur du mouvement street-hypnose en France, qui fédère une vraie communauté, peux-tu nous parler de l’hypnose de rue avant street-hypnose ? étais-tu en contact avec d’autres hypnotiseurs de rue ? y’avait-il déjà des pratiquants de cette discipline avant 2011 en France ?

 

 

J-E : Avant de créer Street Hypnose (janvier 2012 officiellement), je me sentais un peu seul à hypnotiser dans les rues françaises. J’étais actif sur un forum anglo-saxons qui s’appelait « uncommon-knowledge », dont la rubrique hypnose de rue était modérée par Anthony Jacquin, que vous connaissez peut-être comme l’auteur du livre « Reality is Plastic ». J’ai beaucoup appris grâce à cette communauté de passionnés. Aux Etats-Unis, je suivais principalement Jonathan Chase, avant tout hypnotiseur de spectacle, qui pratiquait également l’hypnose de rue afin de remplir ses salles et mieux se faire connaître. J’ai beaucoup discuté avec ces gens-là, et j’ai aussi beaucoup appris à leur côté.

 

Dans la plupart de ces pratiques anglosaxonne revenait souvent la dimension « spectacle de rue ». Alors que personnellement, je privilégiais le partage et l’échange avec tous mes volontaires. Donnant donnant. Avec la volonté d’offrir du bonheur aux gens, et en contrepartie eux me permettaient d’approfondir gratuitement l’hypnose grâce à leurs feedbacks précieux. J’ai décidé de me séparer de cette communauté orientée spectacle et de créer la mienne, en France. Cela a été long et fastidieux. J’ai d’abord été rejeté en bloc par les quelques forums français déjà existants. On me traitait de violeur d’esprit et d’autres noms joyeux, sans même chercher à comprendre l’état d’esprit qui était le mien. Bien plus bienveillant que ce que les gens imaginaient au départ.

 

Je me suis résolu à créer un blog dans mon coin, en me disant qu’il y aurait bien quelques âmes perdues qui prendraient plaisir à me lire. Et à mon grand étonnement, Street Hypnose a évolué bien plus rapidement que je ne pouvais l’espérer.

 

 


Deeper :Peux-tu nous dire comment tu as découvert l’hypnose, et ce qui t’a donné envie de commencer cette discipline ?

 

J-E : J’ai découvert l’hypnose en regardant une vidéo de Derren Brown avec un ami. Pour la première fois, il présentait dans une vidéo un tour d’hypnose, avec une jeune femme pour qui il était devenu complètement invisible. Il faisait alors voltiger des objets dans la salle et la volontaire était persuadée que les objets volaient par eux-même. J’ai été émerveillé parce que j’ai vu, et j’ai cherché à en savoir plus…

 


 

Deeper : Comment se sont passées tes premières sessions d’hypnose de rue ? Étais-tu accompagné d’autre passionné ou est-ce que tu pratiquais seul ?

 

J-E : Je suis une personne relativement timide et introvertie. Cela a été très dur pour moi de pratiquer l’hypnose de rue au départ. Aborder des inconnus dans la rue relevait déjà de l’exploit. Alors les hypnotiser, imaginez-vous !

 

Et puis comme j’ai rapidement fait le tour de mon cercle d’amis, en les saoulant plus qu’autre chose en leur parlant d’hypnose en permanence, j’ai pris la décision de commencer à hypnotiser des inconnus dans la rue. Les premières fois, je me suis fait accompagner par un ami en lui demandant de faire acte de présence à côté de moi. Simplement le fait que quelqu’un soit avec moi et m’encourage, j’étais gonflé à bloc et je réussissais à aborder sans problème afin de vivre mes premières séances d’hypnose dans la rue. Un vrai bonheur !

 

Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai commencé à rencontrer d’autres passionnés (des magiciens notamment) à qui j’ai pu apprendre l’hypnose pour partager quelques moments d’hypnose de rue ensemble.

 


 

Deeper :  quels sont tes inspirations et modèles parmi les hypnotiseurs du passé et contemporains ?

 

J-E : Mes inspirations sont principalement Milton Erickson, Pierre Janet et David Grove (qui a popularisé le « Clean Language » que j’affectionne particulièrement). Ce dernier n’était pas en soi un hypnotiseur, mais la modélisation symbolique qui a découlé de ses travaux (notamment grâce à Tompkins and Lawley) se révèle très utile en hypnothérapie. Ce sont tous pour moi, à leur manière, des modèles.

 

Et ensuite il y a Derren Brown, à qui je ne souhaite pas ressembler, mais qui pour moi incarne l’image du « show bienveillant » par excellence. Tout ce qu’il fait est à la fois merveilleux, extraordinaire, et profondément bienveillant. Repenser à son spectacle « Miracle » auquel j’ai assisté me donne aujourd’hui encore des frissons de bonheur.

 


 

Deeper :  on peut parfois sentir une certaine réticence de la part de l’hypnose médicale vis-à-vis de l’hypnose ludique et plus particulièrement de l’hypnose de rue, penses-tu que ces craintes soient justifiées ?

 

J-E : Ces craintes sont parfaitement justifiées. Des hypnotiseurs débutants, ayant tout juste pratiqué quelques séances dans la rue, s’improvisant thérapeutes, sont de vrais dangers publics. Et qu’il y ait des personnes pour leur faire confiance montre bien l’ignorance qui règne autour de l’hypnose en France.

 

Néanmoins, je ne souhaite pas que toute une population soit privée d’hypnose (en tant qu’hypnotiseurs ou hypnotisés) juste à cause de quelques énergumènes à l’Ego surdimensionné. Comme dans toute pratique, la majorité le fait bien, et une minorité s’accapare l’intérêt des média en détournant cette pratique à des fins plus douteuses. Il n’y a pas de danger à pratiquer l’hypnose ludique. Le danger relève de l’utilisation de l’outil à des fins thérapeutiques ou médicales, sans formation préalable. Le problème aujourd’hui vient de confédérations de médecins qui mettent tout le monde dans le même sac, celui de « dangereux apprentis-sorciers ».

 

Ces craintes dont nous parlions plus haut devraient être accompagnées d’un état d’esprit d’ouverture pour permettre à certaines personnalités de se démarquer et d’apporter leur pierre à l’édifice. Je crois, en toute humilité, que j’ai quelque chose à apporter aux médecins qui pratiquent l’hypnose au quotidien. J’ai aidé de nombreux médecins anesthésistes à améliorer leur pratique, et le bouche à oreille positif me confirme l’utilité de mes techniques. Début 2016, je participais à mon premier DU Hypnose & Anesthésie en tant qu’enseignant, tout en étant non médecin. Ce fut une première ouverture qui m’a depuis donné accès à d’autres institutions qui reconnaissent mes compétences malgré que je ne sois pas médecin. Mon expertise, c’est l’outil hypnose. Je ne vais pas apprendre à un médecin son métier, loin de là mon intention.

 


 

Deeeper : Quelles sont pour toi les différences entre l’hypnose de spectacle et l’hypnose de rue ?

 

J-E : L’hypnose de rue peut être spectaculaire, et il existe même des spectacles d’hypnose de rue. Je différencierai davantage l’hypnose de spectacle avec Street Hypnose, qui est une communauté d’hypnotiseurs de rue qui axe leur pratique sur la bienveillance et le respect de leurs volontaires. Le partage et l’échange sont des valeurs qui nous sont chères. Alors qu’en spectacle, le principal objectif est de créer un show qui vende des tickets et rapporte de l’argent, souvent au détriment des personnes qui se portent volontaires sur scène. Entre celles qui vomissent, pleurent, chutent et celles qui sont mal réveillées en fin de spectacle, nous sommes très loin des valeurs que nous prônons chez Street Hypnose.

Plus récemment, certains hypnotiseurs de spectacle ont tenté de privilégier une éthique proche de la notre. Diane Viber au Québec, Infinity Hypnose en Suisse, Maxx Hypnosis en France…. Mais ces amoureux de l’hypnose n’en vivent pas, et ne pratiquent l’hypnose de spectacle qu’à titre passionnel.

 


 

Deeeper : Que penses-tu de l’hypnose telle qu’elle peut être pratiquée de nos jours en France et dans le monde ?

 

J-E : La France aujourd’hui possède, et de très très loin, la communauté d’hypnose ludique la plus active dans le monde. Il n’y a qu’en France que dans chaque grande ville, tous les samedi après-midi, des passionnés se rejoignent pour hypnotiser ensemble dans les rues de nos belles villes. Paris, Marseille, Toulouse, Lille, Montpellier, Lyon, Annecy, et tant d’autres. Le forum Street Hypnose regroupe des milliers de passionnés et nulle part ailleurs dans le monde une telle communauté existe.

 

En revanche l’hypnose d’un point de vue thérapeutique ou médical est très en retard sur d’autres pays comme l’Allemagne ou les Etats Unis. Nous nous sommes enfermés dans une vision bisounours de l’hypnose Ericksonienne qui petit à petit se transforme davantage en psychothérapie accompagnée de relaxation, plutôt que d’hypnose à proprement parler. Erickson laissait la part belle aux phénomènes hypnotiques, en utilisant l’amnésie systématiquement à chaque session par exemple. Aujourd’hui, une grande majorité d’hypnothérapeutes ne sauraient même pas créer d’amnésie hypnotique tout court. La faute à la demande de milliers de personnes qui souhaitent se former rapidement et à moindre coût pour une reconversion toute trouvée. « Mon métier c’est de la merde. J’ai envie d’aider les autres, l’hypnose est à la mode et non encadrée légalement, où est-ce que je pourrais me former ? ». Je reçois des dizaines de mails de ce genre.

 

L’avantage d’être un minimum connu, c’est que je reçois suffisamment de mails de profils très différents pour me faire une idée de l’évolution de l’hypnose en France et ailleurs.

 

Concernant la branche spectacle, Dieu merci nous avons eu l’arrivée de Messmer qui a chamboulé l’image médiatique de l’hypnose en France. Pour le meilleur comme pour le pire, en tout cas, on en parle !

 


 

Deeper : L’hypnose de rues est souvent une excellente manière de débuter l’hypnose, avant de s’orienter soit vers l’hypnothérapie, ou soit l’hypnose vers l’hypnose de spectacle, à titre personnel, est-ce que tu pratiques également une de ces formes d’hypnose et t’orienteras-tu vers une de celles-ci dans l’avenir ?

 

J-E : Comme dit plus haut, je pratique l’hypnose médicale et l’hypnose thérapeutique très régulièrement. Je me réserve deux jours par semaines exclusivement à la pratique de l’hypnose thérapeutique, en fonctionnant principalement par bouche à oreille.

 

J’ai l’intention d’ouvrir sur Toulouse en 2017 ou 2018 un institut bien-être qui fera la part belle à l’hypnose à travers des accompagnements divers et variés comme des massages, des séances d’accompagnement thérapeutiques, et plus généralement des médecines alternatives, le tout toujours accompagné d’hypnose.

 


 

Deeper : Parlons un peu hypnose, quelles sont les techniques et phénomènes hypnotiques que tu apprécies le plus ?

 

J-E : Mes deux phénomènes hypnotiques favoris sont le signaling et l’écriture automatique. Donner des moyens d’expression à l’inconscient continuera toujours de me fasciner.

D’un point de vue plus technique, je dirais que l’hypnose pourrait se résumer à une bonne utilisation des sous-modalités, qui permettent de changer complètement nos perceptions de ce que nous appelons la « réalité ».

 


 

Deeper : pratiques-tu également l’hypnose en tant que sujet, et quel type de sujet es-tu ?

 

J-E : En tant qu’hypnotisé, j’ai été d’abord un vrai cancre. C’est aussi en partie de ma faute, en ayant hypnotisé pendant près de 4 ans sans jamais avoir fait l’expérience de passer derrière la barrière. N’ayant rencontré aucun hypnotiseur (de qualité) mes premières années de pratiques, j’étais forcément très limité de ce côté-là.

 

J’ai entrepris ensuite un long chemin de redécouverte de moi-même, pas seulement avec l’hypnose. Et j’en valide l’évolution en permanence en constatant que mon corps et mon esprit répondent chaque jour un peu mieux aux différents phénomènes hypnotiques, y compris en auto-hypnose. J’arrive aujourd’hui à vivre des catalepsies très fortes, ainsi que des amnésies, sans trop de difficulté. Il me reste encore quelques échelons à franchir pour espérer vivre pleinement des hallucinations visuelles, et cela reste un de mes objectifs dans la vie. Je ne suis pas fataliste, je sais que je finirai par y arriver, tôt ou tard.

 


 

Deeper :  Tes lectures et coups de cœur du moment en hypnose ?

 

J-E : Je suis en train de relire « Automatisme Psychologique » de Pierre Janet. Je redécouvre chaque fois des petites perles que j’avais loupées à la première lecture. C’est très difficile pour moi de tout comprendre, le vocabulaire étant souvent un peu ancien et soutenu. Mais tout doucement, on y arrive.

 

J’ai aussi la fâcheuse habitude de relire continuellement l’intégrale des articles de Milton Erickson. Quand j’en arrive à la fin du 4e tome, j’ai l’impression d’avoir tout oublié ce que j’ai lu dans le 1er. Du coup, je recommence, et ainsi de suite. Alors qu’en réalité, ce n’est pas vrai, je me souviens de presque toutes les anecdotes et expériences décrites dans les différents tomes. Mais pour être sûr, on ne sait jamais, il vaut mieux relire… Et relire… ;)

 

Mon coup de cœur va à « Monsters and Magical Sticks » de Steven Heller, un livre sur l’hypnose thérapeutique et médicale très rafraîchissant et moderne.

 


 

Deeper :  quelle est l’actualité de street-hypnose ? Et que nous réserves-tu pour le futur ? Un nouveau livre ? De nouvelles formations ?

 

J-E : Je suis en train de retravailler complètement mon livre « la voix de l’inconscient ». J’avais au départ l’intention de sortir une 2e édition améliorée, mais de fil en aiguille nous avons pris la décision avec mon amie graphiste de repartir de 0 et tout refaire, avec un style complètement différent.

 

J’ai comme ambition, en 2017 ou 2018 de sortir un livre qui aura pour objectif de vulgariser et de schématiser tous les modèles de l’hypnose qui se sont succédé jusqu’à aujourd’hui. De Franz Anton Mesmer jusqu’à Erickson, en passant par Pierre Janet, Dave Elman, l’Abbé Faria, Charcot et Bernheim, entre autres. Chaque auteur disposait d’une perception de sa propre réalité, plus ou moins qualitative, et en essayant de recoller tous les morceaux on s’aperçoit qu’il y a des dénominateurs communs qui reviennent dans chaque modélisation. Mon objectif sera de redonner à l’hypnose une image claire et limpide de ce qu’elle est, et surtout de ce qu’elle n’est pas.

 

Enfin, j’aimerais comme je le disais plus haut lancer un institut bien-être à Toulouse dont la thématique principale sera l’hypnose. Avec, à court ou moyen terme, l’intention de créer une école d’hypnose médicale et thérapeutique en étant accompagné et soutenu par des médecins et experts de renoms. Une école qui remettra au centre l’outil hypnose en se libérant peu à peu des complexifications tirées de la PNL (programmation neurolinguistique), souvent contraignantes et inutiles. La notion de « protocoles » ou de « scripts » par exemple est une notion que je souhaite bannir de mon vocabulaire. Il y a des modèles à découvrir, des stratégies à comprendre, et c’est déjà pas mal ! Vouloir suivre une recette en hypnose ne me paraît pas un bon point de départ.

 


 

Deeper :  on te laisse le mot de la fin !:

 

J-E : Merci de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer, et longue vie à l’hypnose en France !

 

Actualité de Jean-Emmannuel Combe :

La voix de l'inconscient

Vous pouvez retrouver l'excellent livre de Jean-Emmannuel Combes " La voix de l'inconscient “ qui est toujours en vente, il constitue une très bonne entrèe en matière pour apprendre l'hypnose : 

 

“ La voix de l'inconscient “ de Jean-Emmannuel Combes 


Articles similaires

Réalisation & référencement Création site web responsive design

Connexion